Magà Ettori, discours à la Sorbonne

MAGA ETTORI SORBONNE

Dans le cadre de la marche contre la vivisection Magà Ettori a été convié à la Sorbonne, le samedi 5 septembre 2015, par le Collectif Contre L’Expérimentation et l’Exploitation l’Animale pour présenter en avant-première mondiale devant des milliers de militants son dernier film FAERYLAND :

Je voudrais remercier le Collectif Contre L’Expérimentation et l’Exploitation l’Animale de m’avoir inviter à présenter mon film FAERYLAND, une allégorie de la quête du Graal, un conte sur le thème du règne animal, de la nature et de la biodiversité, une épopée de la vie depuis la nuit des temps jusqu’aux récents bouleversements climatiques, un parcours de plusieurs millénaires sur les traces du dieu-druide Cathbad. Les amours du dieu celte, sa relation passionnelle avec la reine Ness et la déesse rousse Aisling. L’exil de Cathbad du Sidh sur FAERYLAND apportent un éclairage singulier sur l’Humanité.

Le conteur est notre ami Yves Duteil qui en 1985 recevait déjà son 40e disque d’or. Il m’aura fallu des années et un sujet qui le concernait particulièrement pour que Yves saute le pas, et accepte de faire son entrée dans le 7eme art. Yves Duteil est membre d’honneur de l’association Alliance Anticorrida, qui œuvre pour la protection des mineurs, la suppression des blessures et mutilations infligées aux animaux utilisés au cours de spectacles taurins et l’abolition des corridas. Il est aussi l’auteur de  »Lorsque j’étais Dauphin » dont voici un extrait :  »Lorsque j´étais dauphin, dans cette autre existence, mes amis les humains, sombraient dans la violence, j´ai plongé vers le fond, pour ne plus voir la Terre, s´enfoncer dans l´horreur, la souffrance et la guerre. »

La beauté, la majesté, la souffrance et la guerre voilà un bon résumé de Faeryland. Un film qui a nécessité trois ans de préparation et un tournage sur les 5 continents, de l’Irlande à la Chine en passant par l’Allemagne, la Finlande, les Etats-Unis, l’Afrique, l’Amérique du sud, la France, la Hongrie, la Corse, l’océan Pacifique, la Méditerranée, la mer du nord. Le résultat en terme de décors et de paysage est somptueux, mais ce long métrage est surtout un plaidoyer du monde animal, ce qui justifie la présence de Matthieu Riccard dans Faeryland.

Le film se tourne en grande partie au Refuge de l’Arche que nous devons à la famille Huchedé et dont la présidente d’honneur du Refuge est Mylène Demongeot, qui a accepté de participer à cette aventure. Mais le casting ne s’arrête pas là, puisque plusieurs centaines de militants de la cause animale étaient avec nous et ont été filmés au Trocadero en janvier dernier pour une manifestation contre toutes les exploitations animale et toute sorte d’oppression et de domination.

Faeryland emprunte beaucoup à la culture humaniste et je cite volontiers Lamartine qui dit « On n’a pas deux cœurs, l’un pour l’homme, l’autre pour l’animal… On a du cœur ou on n’en a pas ».

Autre source d’inspiration pour FAERYLAND : nous citons également dans Faeryland Isaac Bashevis Singer dont je vais vous lire un court passage cité par Cherles Patterson dans son livre eternel Treblinka  :

En pensée, Herman prononça l’oraison funèbre de la souris qui avait partagé une partie de sa vie avec lui et qui, à cause de lui, avait quitté ce monde. « Que savent-ils, tous ces érudits, tous ces philosophes, tous les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu’un comme toi ? Ils se sont persuadés que l’homme, l’espèce la plus pécheresse entre toutes, est au sommet de la création. Toutes les autres créatures furent créées uniquement pour lui procurer de la nourriture, des peaux, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka. »

Un éternel Treblinka, l’holocauste vous pensez que les mots sont trop forts ? Allez voir ce qui se passe dans ces boucheries et dans ces laboratoires d’expérimentation animale et vous comprendrez de quoi nous parlons.  Nous l’avons fait et j’ai traduit avec ma vision de cinéaste l’horreur, le sang, la douleur et les larmes. L’espoir aussi car Faeryland reste un film puissamment optimiste. De plus en plus de justes dans le monde se lèvent et obtiennent des résultats. De l’élevage de visons à Emagny, à la radiation de la corrida du patrimoine de l’humanité, en passant par la reconnaissance de la qualité symbolique d’êtres vivants doués de sensibilité. Des victoires importantes sont gagnées par les militants de la cause animale.

 

C’est ici que l’action du Collectif Contre L’Expérimentation et l’Exploitation l’Animale prend tout son sens. C’est ici que votre action devient fondamentale. Car la lutte est âpre. Le 3 juin dernier La Commission européenne a montré son vrai visage en rejetant sans autre forme de procès l’initiative citoyenne Stop Vivisection qui avait réuni plus d’un million de signatures dans toute l’Europe pour faire cesser l’expérimentation animale. Un million de signatures, un million de citoyens n’ont pas fait ployé les oppresseurs. Car il s’agit bien d’oppression ! Une oppression et une domination qui impose une douleur et une souffrance illimitées à des êtres sensibles et sans défense.

Malgré les arguments sérieux présentés par les scientifiques qui démontrent que le modèle animal n’est pas un modèle pour l’Homme, le Commission a préféré penser que « certaines études expérimentales sur des animaux restent nécessaires pour faire progresser la recherche et pour préserver la santé humaine et animale et l’environnement.

Très bien. Alors que propose La Commission européenne ? Rien ! Le néant ! l’oppression ! La loi du plus fort ! C’est ce que nous dénonçons avec véhémence dans Faeryland : la loi du plus fort encore et toujours ! Aujourd’hui philosophes, historiens et sociologues soutiennent que l’exploitation, la domination et l’oppression des animaux préparent les conditions matérielles et les conditions idéologiques de l’oppression des membres de groupes humains marginalisés et étrangers. Il n’y a pas si longtemps on vendait les esclaves et le bétail dans les mêmes petites annonces. La façon dont on marquait au fer chaud les esclaves est encore utilisée sur les animaux. Rien n’a changé; la loi du plus fort.

Les militants de la cause animale souhaitent mettre fin à l’expérimentation animale et de rendre obligatoire, pour la recherche biomédicale et toxicologique, l’utilisation de données pertinentes pour l’espèce humaine. Nous sommes là pour montrer la réalité de leur engagement, convaincre de manière pacifistes et démocratique du bien fondé de leur démarche citoyenne ; nous souhaitons par la force du cinéma mettre en avant leur engagement.

En 1992, l’Institut Citoyen du cinéma que je préside décernait à monsieur Paul McCartney le Prix Artiste Citoyen du monde pour le récompenser pour son engagement pour des grandes causes humanistes comme la Paix, le vivre ensemble, la diversité culturelle, la liberté absolue de conscience, la biodiversité et le respect de toutes formes de vie, l’harmonie avec la nature, la défense et la promotion des droits humains ainsi que ceux du règne animal.  Paul McCartney qui déclara plus tard : « Si les abattoirs avaient des fenêtres, tout le monde serait végétarien ». Si les abattoirs avaient des fenêtres, tout le monde serait végétarien ? Il n’existe pas de plus belle fenêtre sur le monde que le cinéma ! Et croyez moi sur parole, rien ne nous empêchera d’ouvrir en très grand ces fenêtres. Merci (applaudissements).