Liberté d’expression

Jacques Renucci (Institut Citoyen du Cinéma)

COMMUNIQUE  (30/10/2015)

Claude Perrier, à la demande du conseil d’administration, vient de prendre « la présidence de Corse Presse (société éditrice de Corse-Matin) et de ses filiales, après la  »démission » de Roger Antech. L’Institut Citoyen du Cinéma dans le cadre de son combat pour la liberté d’expression et son soutien à la rédaction de Corse-Matin s’est heurté aux méthodes très particulières de monsieur Antech. Sa  »démission » est donc un point positif pour la démocratie. De surcroît, le groupe belge Nethys entre, via sa filiale Avenir Développement, à hauteur de 11% dans le groupe La Provence , éditeur des quotidiens La Provence et Corse-Matin, société éditrice des quotidiens La Provence et Corse-Matin. Avenir Développement est une société filiale du Groupe belge Nethys. Elle a pour vocation d’assurer le développement hors Belgique du pôle multimédia, déjà actif en Belgique, notamment dans la presse de proximité avec 9 éditions régionales et 37 éditions locales gratuites. Avenir Développement va accompagner la croissance et le développement du groupe La Provence, afin de lui permettre d’augmenter son audience et de poursuivre sa diversification plurimédia. Deux administrateurs du nouvel entrant ont été nommés au conseil d’administration du groupe La Provence, Philippe Delaunois et Marc Beyens, respectivement président et administrateur de Avenir Développement.15% du personnel de Corse-Presse est actuellement en maladie. Le retour d’un vrai homme de terrain, pourrait être une excellente thérapie. Nous espérons que les nouveaux arrivants sauront prendre en compte le cas de Jacques Renucci et d’autres membres de la rédaction, en conflit permanent avec l’ancien PDG. L’Institut Citoyen du Cinéma appelle de ses voeux un Quotidien régional qui réponde aux attentes de son lectorat, mais qui respecte également les grandes règles, l’éthique, et les valeurs du journalisme.

HISTORIQUE

Le rachat par Bernard Tapie du groupe Corse Presse a permis à Roger Antech d’être nommé PDG de Corse Presse, directeur de la rédaction de Corse-Matin, de Femina et de la Corse-Votre Hebdo. Ce cumul de titres et de fonctions a offert au nouvel homme fort de la presse insulaire la possibilité d’imposer sa  »garde rapprochée » aux postes clés de l’entreprise, écartant au passage les  travailleurs historiques plus légitimes. Encouragé  par une première prise de pouvoir réussie, le nouveau PDG a également contraint la rédaction de ses différentes publications à une ligne éditoriale sensationnaliste.  Cette nouvelle orientation et la méthode pour l’imposer au sein de l’entreprise a eu deux conséquences : les chutes des ventes et de graves manquements en terme de Liberté d’expression. L’Institut Citoyen du Cinéma sollicité par des journalistes de Corse Presse a donc initié une pétition en ligne. Roger Antech fait désormais régner un climat de terreur au sein de l’entreprise, traque ses propres journalistes et porte plainte contre l’Institut Citoyen du Cinéma pour démasquer les frondeurs.

La polémique liée aux nouvelles responsabilités de Roger Antech a pris une nouvelle tournure après le limogeage de Jacques Renucci. Directeur mais également rédacteur de la Corse-Votre-Hebdo, Jacques Renucci est apprécié  pour son caractère discret et sa générosité. Il est très estimé également au sein de son entreprise, et dans la plupart des sphères de la société insulaire. Toujours objective, sa plume lui a offert une proximité avec le monde politique, qui reconnait en lui un journaliste intègre à l’éthique irréprochable :  »Figure du journalisme respectée par sa profession et par l’ensemble de la classe politique insulaire, Jacques Renucci bénéficie d’une notoriété nationale considérée avec humilité, alors qu’il est l’un des rares véritables journalistes politiques de Corse. » (dictionnaire de la politique corse contemporaine). Des qualités qui le conduiront à sa perte.

Lors du rachat de Bernard Tapie du groupe Corse Presse (société d’édition du Corse-Matin, la Corse-Votre Hebdo, Femina) les négociations vont bon train, dans tous les camps. Il y a beaucoup d’argent en jeu pour certains, et des postes à pourvoir pour d’autres. Les ruses, les revirements et les retournements de situation s’étalent au fur et à mesure dans la presse nationale (Les salariés de «Corse-Matin» vent debout contre Tapie (Olivier Bertand  – 13.10.2014). Le Syndicat des Travailleurs Corse (STC) par exemple, va prendre position pour un repreneur, puis virer brutalement de direction pour soutenir le candidat Tapie. C’est Bernard donc Tapie qui va rafler la mise moyennant 4 millions d’euros. Un excellent coup dans la mesure ou le groupe Corse Presse demeure très rentable.

L’autre gagnant du Jackpot est Roger Antech. Sa direction a toujours été critiquée par les employés des journaux du groupe. Quand l’Institut Citoyen du Cinéma a été sollicité, un journaliste a évoqué le cas d’un ancien chef de l’agence d’Ajaccio très estimé (également directeur-adjoint régional en 2011), qui avait été malmené par la direction. Le chef d’agence convoqué dans le bureau d’Antech et avait été victime d’une sorte de tribunal de l’inquisition, entouré de plusieurs proches de la direction qui l’ont humilié. Quelques semaines plus tard, le directeur-adjoint régional est décédé d’une crise cardiaque. Même si le décès du chef d’agence n’était pas directement imputable à Roger Antech, les journalistes lui ont fait payer son comportement. Pendant 4 ans, Roger Antech a mangé couleuvre sur couleuvre. Une fois nommé PDG de Corse Presse, directeur de la rédaction de Corse-Matin, de Femina et de la Corse-Votre Hebdo, il allait enfin pouvoir faire le ménage. L’heure de la curée avait sonné, l’organigramme fut entièrement remanié. Les éditorialistes se retrouvèrent sans éditos, les chefs d’agences, et directeurs d’éditions relégués aux postes de reporters. En lieu et place des professionnels reconnus ont été installés des proches de Roger Antech à des postes clés.

C’est à ce moment que l’Institut Citoyen du Cinéma a été sollicité par des journalistes pour intervenir dans le cadre de graves manquements à la liberté d’expression. Ces membres de la rédaction se plaignaient d’un climat délétère, et de pressions de la direction sur les journalistes pour orienter l’information. En effet les ventes du quotidien avaient chuté de manière drastique, et la publicité allait encore plus mal. La direction espérait par des articles flatteurs séduire les investisseurs privés et surtout les Institutions. Des journalistes nous ont confié que certains hommes politiques influents et généreux auraient ainsi eu des colonnes ouvertes au sein de Corse-Matin. Quand on sait l’importance de la politique en Corse, et le taux de pénétration incroyable du quotidien unique, ce régime de faveur ne pouvait qu’irriter le plus grand nombre. Depuis 2008, date de son arrivée à la tête du quotidien, Roger Antech avait du faire face à de nombreuses crises au sein des rédactions et de la régie publicitaire. La ligne éditoriale à la Hersant qu’il préconisait était jugée trop polémiste par la rédaction mais également par la régie publicitaire Eurosud.

Bernard Tapie rattrapé par les affaires, n’est jamais véritablement intervenu dans le management de ses journaux, laissant les coudées franches à Roger Antech. Ce dernier continuait à faire pression sur la rédaction, en jouant avec le principe de la clause de cession. La clause de cession prévoit qu’en cas de changement d’actionnaire majoritaire ou d’équipe de contrôle, les journalistes peuvent démissionner et partir avec les indemnités applicables au licenciement. En contestant l’ouverture de la clause de cession, Roger Antech tenait ses journalistes en laisse : il leur était impossible de démissionner, et impossible de travailler dans de bonnes conditions.

Cette crise a culminé après le limogeage de Jacques Renucci. Deux employés – dont Jacques Renucci – dépendaient de Nice Matin et non de Corse Presse. Dans le jeu des achats/ventes ils se sont retrouvés dans l’obligation de quitter leurs postes. Le premier employé a été réintégré au sein de Corse Presse et Jacques Renucci, trop gênant pour Roger Antech s’est vu prié d’aller finir sa carrière à Nice. Trois jours après la notification de sa réaffectation, Jacques Renucci a été interdit dans les locaux de Corse-Matin. Lui qui avait arpenté pendant des décennies la rue du Sergent Casalonga, et la rue Michel Ottavy, lui que l’on savait trouver en permanence dans son bureau, ou en interview au grand café Napoléon, lui dont l’éthique journalistique était incomparable, lui qui avait été d’une justesse et d’une mesure pendant toute sa carrière, se voyait interdit de séjour par un père Ubu fraîchement débarqué. Bien entendu, une pétition a été mise en ligne par l’Institut Citoyen du Cinéma pour dénoncer les manquements à la liberté d’expression, et le peu de respect et de considération que la direction de Corse Presse avait pour des journalistes valeureux.

C’est là que le grand public a découvert la triste situation au sein de Corse Presse. La logique voudrait que les journalistes du Corse-Matin (rappelons le quotidien unique en Corse) n’aient aucun problème d’expressions et des tribunes permanentes au sein de leur rédaction. En fait la terreur que fait planer la nouvelle équipe Antech, musèle même les plus courageux. Ceux là espèrent doucement que le journal sera vendu une nouvelle fois, précipitant la gouvernance tyrannique d’une direction illégitime. Toutefois, sous couvert d’anonymat les langues se sont déliées et de nombreux salariés se sont exprimés dans la pétition (http://www.petitions24.net/soutien_au_journaliste_jacques_renucci). Roger Antech a fait savoir publiquement qu’il traquerait les impudents et qu’il porterait plainte. Magà Ettori a balayé de nombreuses pressions pour supprimer cette pétition, ou au moins pour dénoncer les fautifs (c’est-à-dire les employés du Corse-Matin qui ont critiqué leur PDG). Entre autres chausse-trappe et peaux de bananes, Faeryland (https://magaettori.wordpress.com/2015/02/26/je-suis-charlie-renucci-matin/) a été déprogrammé par un président de festival proche de Roger Antech. Devant le refus catégorique de Magà Ettori de dénoncer quiconque, Roger Antech a tenu sa promesse de traquer ses employés en portant plainte. Et bien entendu sa plainte a fini dans la panière du juge d’instruction, un an avant que Roger Antech soit limogé du Corse Matin.

La pétition en ligne : http://www.petitions24.net/soutien_au_journaliste_jacques_renucci

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